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Les moteurs de recherche écologiques sont-ils réellement écologiques ?

Qu’est-ce qu’un un moteur de recherche ?

Un moteur de recherche fonctionne comme un index d’une base de données. À partir des mots clés de recherche, le moteur retrouvera des pages internet en faisant la correspondance avec les méta-données de ces dernières. Plus il y a de sites référencés, plus vous aurez de résultats à votre recherche, et plus vous aurez de chance de trouver votre bonheur.

En termes d’infrastructure, il faut donc d’une part énormément de serveurs pour stocker les descriptions des pages web, mais également d’autres pour appliquer les algorithmes de requête. En plus de ces machines, il faudra compter des climatiseurs pour maintenir ce beau monde à la bonne température.

Gaspillage d’énergie

En 2010, le nombre de serveurs était estimé à 40 millions (tout usage confondu), pourtant une étude du cabinet Mc Kinsey révèle que 30 % de ces machines ne sont jamais utilisées, même en heure de pointe, et qu’en moyenne  seules 56 % des capacités des centres sont utilisées.1

Le gaspillage n’est pas présent uniquement au niveau infrastructure : pour des raisons de rapidité, certains moteurs de recherche dirige les requêtes des internautes vers plusieurs serveurs qui sont en compétition les uns avec les autres.

Chaque recherche sur Google émet 7 grammes de CO², soit autant que chauffer une demi-bouilloire

En 2009, le Times  de Londres publiait cette information choc2. D’après les journalistes, ces chiffres ont été publiés après approbation d’experts et de scientifiques, et sont de fait fiables. Google a bien évidemment démenti ces chiffres3 (0,2 g de CO2 par recherche) et a rappelé que la société compensait déjà ses émissions carbone depuis fin 2007.4

Néanmoins, est-ce que la compensation des émissions carbone est suffisante pour se donner bonne conscience ? Ou est-ce ni plus ni moins que du greenwashing ?

La recherche d’information sur internet est une activité fréquente dans la vie quotidienne, aussi chaque économie d’énergie, aussi minime soit-elle, est précieuse. Améliorer les conditions d’hygiène de recherche est une urgence, d’autant plus que l’ADEME a en 2011 réactualisé cette empreinte carbone5, et évoque  des émissions carbone à hauteur de 10g par recherche (sans spécifier de nom de moteur de recherche).

Tout n’est pas (encore) perdu 

Le contrôle des consommations d’énergie commence à devenir une priorité chez les entreprises, car il amène de réelles économies au niveau financier. Facebook et Microsoft ont par exemple relevé les températures de leurs datacenters aux alentours de 27°C, ce qui a permis d’économiser jusqu’à 250 000$ par an.6

D’autres initiatives ont été réalisées et ont montré des résultats encourageants :

  • Installer les serveurs dans le cercle polaire pour profiter de la climatisation naturelle7
  • Refroidir  avec les éléments naturels (air8, eau de mer, rivière) qui pourront être réutilisés pour chauffer des bâtiments9
  • Utiliser des énergies renouvelables10
  • Réguler les capacités des datacenters pour éviter que les machines tournent à plein régime 24h/2411 12

Malheureusement, ce sont des mesures longues et coûteuses à mettre en place. Bien sûr, les plus gros leviers sont surtout du côté des moteurs de recherche, mais il en existe également du côté client, notamment en choisissant des sites plus responsables.

Consommer moins d’énergie avec un fond d’écran noir… plus si efficace avec un écran LCD

Les premiers moteurs de recherche dits écologiques, comme gllgle.fr ou icolosearch.com, proposaient d’utiliser les services de Google mais à partir d’un site internet avec un fond noir. En effet, à l’époque des écrans CRT, l’économie d’énergie en privilégiant le noir du côté client était considérable. Cependant, avec les écrans LCD, la différence de consommation entre un fond noir et un fond blanc est désormais presque négligeable.13

Des alternatives green

Une multitude de moteurs de recherche existe en français, mais je ne vais vous en présenter que deux :

  • ecogine.org : Moteur de recherche créé par des étudiants (Polytech’ Nantes). Tous les bénéfices sont reversés à des associations à but écologique. À l’instar de Bing, des fonds d’écran égayent vos recherches.
  • ecosia.org : 80 % des bénéfices sont reversés à une association (The Natural Conservancy) consacrée à la plantation d’arbres au Brésil.

Pour les habitués de Google, l’utilisation de ces deux moteurs de recherche peut dérouter de prime abord, puisque les résultats sont ceux retournés par Yahoo! Hosted Search (YHS). Que ce soit avec Ecogine/Ecosia ou Yahoo! directement, les quantités de ressources utilisées pour les recherches seront les mêmes. La seule différence réside dans le fait que l’argent généré par vos clics permettra d’aider une association et non d’enrichir un actionnaire.

Il est important de comprendre que les moteurs de recherche dits écologiques ne cherchent pas à optimiser les ressources utilisées par une recherche, mais plutôt à compenser les émissions carbone le plus possible. Ce qui est néanmoins un avantage non négligeable par un rapport à un moteur de recherche classique. De plus, les organisations rattachées essayent de faire preuve de transparence en publiant les dons, voire en mettant disposition leurs comptes.

Protection des données liées aux recherches

Il est à noter que les partenariats avec les gros moteurs de recherche impliquent la transmission des données utilisateurs. Dans le cas d’Ecogine et d’Ecosia, seuls l’adresse IP et le navigateur sont transmis à YHS, ce qui pourrait expliquer le manque de personnalisation des résultats.

Pour les plus paranoïaques, il est légitime de se demander si les données transférées aux moteurs partenaires seront utilisées de manière non écologique…

Aujourd’hui, seul DuckDuckGo garantie la non-traçabilité de ses utilisateurs. Cependant, rien sur leur site n’évoque le volet écologique.

Quelques autres petits gestes green qui font la différence

  • Réduire le nombre de pages consultées en utilisant des mots clés précis
  • Préférer taper une url directement au lieu de passer par un moteur de recherche
  • Utiliser les moteurs de recherche d’un site plutôt que par un moteur classique (ex : Wikipédia)
  • Et n’oubliez pas d’éteindre votre ordinateur le soir en partant 😉


2 Imbroglio sur la pollution générée par les recherches Google

http://rue89.nouvelobs.com/2009/01/14/imbroglio-sur-la-pollution-generee-par-les-recherches-google

5 Analyses de Cycles de Vies des Technologies – Courriers électroniques, requête Web, clé USB : quels impacts environnementaux ?

http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=78008&ref=24691

8 Marylin, un datacenter résolument écologique

http://www.roseidf.org/index.php/ressources/dossiers-de-territoires/actions-remarquables/192-77-marylin-un-datacenter-resolument-ecologique.html

9 Un data center alimente en chaleur des bâtiments à Euro Disney

www.01net.com/editorial/540406/un-data-center-alimente-en-chaleur-des-batiments-a-euro-disney/

10 Google’s Data Centers Use Less Electricity Than You Think

http://gizmodo.com/5826800/googles-data-centers-use-less-electricity-than-you-think

12 HP réduit les coûts et triple la capacité des centres de calcul

http://www.info-utiles.fr/modules/news/article.php?storyid=936

13 Utiliser un fond noir ne serait pas écologique

http://www.business-garden.com/index.php/2007/08/13/fond_noir_ne_serait_pas_ecologique

Sources trouvées via les moteurs de recherche suivants : DuckDuckGo, Ecosia, Ecogine et Google

2 comments for “Les moteurs de recherche écologiques sont-ils réellement écologiques ?

  1. 31 octobre 2014 at 20 h 19 min

    Bonjour,

    Je ne partage pas du tout votre analyse.

    Par rapport à une simple recherche Google, ecogine.org et ecosia.org rajoutent des impacts environnementaux plutôt qu’ils en éliminent. La compensation des émissions de GES est une solution à n’utiliser qu’en dernier recours. Et surtout, elle n’est pas pertinente dans le cas présent : se baser sur les émissions de GES comme seul indicateur environnemental est une erreur car c’est certainement l’un des moins significatif pour un service en ligne !

    Pour réduire les impacts environnementaux d’un moteur de recherche, il faut avant tout :
    – réduire l’infra sous-jacente (donc ne surtout pas rajouter des serveurs comme le font ecosia et ecogine) ;
    – réduire le temps passé par l’internaute devant son écran ;
    – ne pas pousser l’internaute à changer prématurément d’équipement (le fait d’ajouter des images de fond y contribue).

  2. 7 novembre 2014 at 15 h 55 min

    Je suis tout à fait d’accord que la compensation n’est pas une solution pérenne, d’où le nom du titre d’ailleurs 😉

    Après, passer par ces sites n’est pas optimal, mais est-ce qu’au final cela utilisera moins de serveurs ? Je doute fortement que Yahoo ait la même infrastructure que celle de Google…

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