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De spectateur à speaker, premiers pas

Si vous lisez cet article de blog, il y a de bonnes chances pour que vous ayez déjà assisté à une présentation dans le cadre d’une conférence comme Devoxx France, d’un User Group ou encore un événement interne de votre société. Depuis quelques années cette activité a explosé et le choix est aujourd’hui abondant et de qualité. Les opportunités de venir parler d’un sujet qui nous tient à coeur sont nombreuses. Alors comme dirait la pub, pourquoi pas vous ?

J’ai franchi ce pas cette année et j’espère qu’en partageant ma modeste expérience je vous inciterai à vous lancer.

Vous avez forcément quelque chose à dire

De mes années d’école à ma carrière de programmeur, je n’ai jamais croisé un pair qui n’avait rien à dire. En fait, je n’ai pas souvent croisé un humain qui n’avait rien à dire.

OK, tous les sujets ne seront pas forcément ni intéressants, ni appropriés dans un contexte professionnel, mais le choix est large : ça peut être une technologie, un méthodologie, la résolution d’un problème difficile ou pas banal, une expérience qui a bien ou mal tourné, un retour sur votre carrière, les possibilités sont infinies d’autant qu’on peut également aborder des sujets familiers en changeant de point de vue.

De l’idée aux premières paroles

Un de mes centres d’intérêt dans ce métier, c’est l’UX. Comment concevoir des interfaces qui sont claires, intuitives et efficaces. Quand j’ai voulu creuser un peu le sujet, on m’a recommandé plusieurs ouvrages de référence, dont l’excellent The Design of Everyday Things de Don Norman.

Une fois que vous avez lu ce livre, vous ne pouvez plus avoir une vie normale. Vous allez passer au crible les objets de votre quotidien en termes d’ergonomie et de design, en vous mettant dans la peau de leur créateur.

C’est un changement extraordinaire, mais pas sans défaut : je n’ai jamais pu retourner aux toilettes comme tout le monde. J’ai passé au crible chaque poignée de porte, chaque robinet, chaque appareil pour sécher les mains.

Avance rapide en juin 2014, à l’occasion du séminaire annuel Arolla. Programme de la première après-midi, une session de lightning talks. Si vous ne connaissez pas le concept, il s’agit de présentations de quelques minutes, souvent sans support. En raison de leur format, impossible de rentrer dans le détail, leur but est de faire découvrir un sujet aux personnes présentes et leur donner envie de creuser un peu plus de leur côté.

Je n’avais rien préparé avant le séjour. J’hésite à participer mais il me faut un sujet. Et je percute soudain qu’il y a cette histoire de toilettes : j’en parlais régulièrement avec mes collègues en mission (chaque nouvelle mission, de nouvelles toilettes !), sur le mode “ces robinets ne sont vraiment pas ergonomiques” et j’ai fait le parallèle avec l’ergonomie de nos propres applications. EURÊKA! Nous créions souvent nos interfaces utilisateur comme d’autres créaient nos toilettes : n’importe comment.

Le danger était partout, il fallait que j’alerte mes petits camarades : mon sujet de talk était trouvé. Une bonne heure de car plus tard, j’avais un plan et de quoi parler 3-4 minutes.
Le talk s’est bien déroulé, je ne suis pas mort et on ne m’a pas jeté de petits cailloux. Plutôt bon signe.

Un cran au-dessus

L’histoire aurait pu en rester là jusqu’à ce qu’une ancienne collègue (Pauline Iogna) qui s’est lancée avec succès sur la voie du speaker m’encourage à répondre au CFP de Devoxx France. Je vise un quickie, ces talks de 15 minutes à l’heure du repas. Divers soucis personnels me font rater la date limite d’envoi, c’est mort pour Devoxx.
Là-dessus, Pauline me suggère de présenter cette histoire de toilettes à une session Human Talks. Sans rentrer dans le détail (leur site le fait déjà très bien), il s’agit de sessions de talks d’une dizaine de minutes destinées aux développeurs qui se tiennent chaque mois dans de nombreuses villes de France. Et nous sommes pris pour la session d’avril 2015.

C’est là que le gros du boulot commence. D’abord parce que le format change : de 3 minutes on passe à 10 et la présentation se fait avec support. Il faut rentrer dans le détail et ne plus seulement susciter des questions ou de la curiosité chez les gens mais leur apporter des réponses, du concret qu’ils pourront mettre à profit le lendemain au boulot ou dans un projet perso.

Il m’aura fallu environ 15h de temps en plusieurs sessions pour assembler le tout, avec les étapes suivantes plus ou moins dans l’ordre.

Trouver une trame générale à la présentation

A ce stade, il s’agit simplement d’ébaucher l’histoire que vous allez raconter. En gros le début, la fin et quelques points clés, sans entrer dans les détails. Le fameux plan de vos dissertations de lycée, peu détaillé mais qui fournit un guide.

Définir les points à aborder

Une fois la trame fixée, vous pouvez entrer dans le détail des éléments que vous souhaitez aborder. Dans un premier temps, n’hésitez pas à lister large, il est toujours possible de fusionner ou supprimer des éléments par la suite.

Les décliner en slides

Une fois votre liste de points à aborder, il s’agit d’écrire. J’ai tendance à beaucoup rédiger de texte pour préparer une présentation orale : j’écris des transitions, des narrations complètes pour chaque sujet à aborder.

Je ne vais généralement pas tout réciter par cœur, mais cette mémorisation facilite les automatismes et évite d’avoir besoin de lire le support pour conduire la présentation. En termes de fluidité le gain est indéniable.

Pour les slides eux-mêmes, je suis partisan d’un contenu simple : ils doivent illustrer, pas paraphraser votre contenu. On ne vient pas voir quelqu’un pour lire son texte mais pour entendre un discours. Un slide maximum par point abordé, l’effort de concision est important mais le résultat passe en général beaucoup mieux.

Critiques de PowerPoint et des logiciels de présentation - Wikipedia

Bravo, vous venez de perdre la moitié de la salle.

Tester le talk

Pour faciliter l’aisance à l’oral, n’hésitez pas à répéter, répéter, répéter.

Premier niveau : répéter tout seul. Parlez devant un miroir quand vous vous habillez le matin, quand vous prenez votre douche ou tout seul dans l’ascenseur. Il faut vous approprier le texte, les transitions, les tournures de phrase. La fluidité de l’ensemble n’en sera qu’améliorée.

Deuxième niveau : répéter devant un public. Même si c’est Monsieur Moustaches, votre chat, et qu’il fait semblant de vous ignorer tout le long. Évidemment un humain est préférable, il pourra vos donner des indications sur votre aisance, vos tics de langage ou votre gestuelle. Se filmer ou se faire filmer est un excellent moyen de s’améliorer.

C’est aussi à ce moment là que vous allez régler le timing, le rythme. Pour un talk de 10 minutes, visez environ 12 minutes en répétition : à moins d’être complètement décontracté à l’oral, on va en général 10% plus vite en conditions réelles qu’en répétition. C’est là que vous verrez si une partie prend trop ou pas assez de place par rapport aux autres.

Affiner et répéter jusqu’à satisfaction

Ce processus est itératif. Si une tournure de phrase semble lourde changez-la. S’il y a des répétitions, corrigez les. Il m’est arrivé de réécrire certains éléments jusqu’à 5 ou 6 fois. Ce n’est jamais du temps perdu : la mémorisation est facilitée et avoir plusieurs façons de dire la même chose offre de la souplesse une fois à l’oral.

Si vous voulez voir le résultat final de ma présentation, ça se passe sur YouTube.

“Ici le commandant Avous, à vous”

- Roger - Quoi ?

Une fois cette étape franchie, il n’y a plus de limite. La méthode pour une présentation plus longue reste la même. Alors d’accord, raconté de cette façon la tâche peut paraître un peu intimidante, mais chaque étape est plutôt simple. Comme pour beaucoup de choses, le plus difficile c’est de se lancer.

N’hésitez pas à discuter avec des speakers lors de conférences ou de soirées techniques, tous auront leur propre histoire et leurs propres conseils à partager.

Et si ça peut vous motiver, dites vous qu’au moins vous n’aurez pas à chercher des photos de toilettes sur Internet pour illustrer vos slides 😉

1 comment for “De spectateur à speaker, premiers pas

  1. Guy Talom
    16 septembre 2015 at 12 h 06 min

    Tu as bien raison d’insister sur la répétition.
    Sans en être un, je pense que ce ne sont pas les professionnels du One Man Show qui diront le contraire.
    Ceci dit, il y’a certainement d’autres aspects telle que mieux gérer le tracs, surmonter la peur du public que tu n’abordes pas.Peut être çà pourrais faire l’objet d’un prochain billet ?

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