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L’échec de l’agilité : l’anarchisme confronté aux entreprises

L’agilité.
Tout le monde en parle, tout le monde en fait … mais presque tout le monde affiche un sourire crispé quand on lui en parle, met des guillemets en l’énonçant, s’excuse de le faire approximativement :
‘On fait presque du Scrum’, ‘oui, on est “agile” (petit signe en guillemets)’, ‘oui, oui, on est agile, enfin…’.

Mais au fond de quoi parle-t-on ? Qu’est-ce que ce fameux “agile” ?

S’adapter à un environnement changeant et surtout rectifier le tir pendant qu’il en est encore temps : c’est la première caractéristique qui me vient à l’esprit.
Le feedback permet de vérifier que l’on s’est bien compris, d’apprendre et de s’adapter. Et si la boucle de feedback est rapide, elle permet d’apprendre rapidement et donc de s’améliorer.

Les pratiques agiles sont souvent mises en opposition avec la gestion de projet traditionnelle (dite “waterfall”,”cycle en V”), car elles permettent d’éviter le fameux “effet tunnel”, qui consiste à ne pouvoir recevoir de feedback qu’en fin de projet, donc quand il est trop tard.

Le fait de devoir construire la route qu’emprunte le projet, au fur et à mesure qu’il avance, me fait penser à l’anarchiste Kropotkine qui écrivait que l’harmonie dans la société se ferait “par un incessant mouvement d’ajustement et de réajustement entre une multitude de forces et d’influences”.

Kropotkine se refusait, comme la plupart des anarchistes, à établir des plans précis et définitifs sur le fonctionnement que devrait avoir la société.
En effet, les anarchistes croient en l’autogestion et en l’autorégulation, et Kropotkine avait bien compris cette valeur du manifeste agile: L’adaptation au changement, plus que le suivi d’un plan.

L’ordre moins le pouvoir

L’anarchisme est aujourd’hui souvent associée et réduite au chaos et à la violence. Afin d’éviter toute confusion, il me semble donc important de revenir sur les principes de base de l’anarchisme.
Tout d’abord, l’anarchisme prend sa source dans la contradiction entre l’Etat et la société (l’Etat ayant des buts et des objectifs en décalage avec les attentes et besoins du peuple) et souhaite éliminer cette contradiction en supprimant l’Etat.
Cela ferait de notre société une réunion libre d’êtres libres et égaux. En revanche, absence de pouvoir ne veut pas dire absence d’organisation : on parle donc bien ici d’auto-organisation. J’imagine que vous voyez où je veux en venir.

Par exemple, les anarchistes n’aiment pas vraiment la police car elle est là pour faire respecter les lois… Et les anarchistes n’aiment pas vraiment les lois.
Seraient-ils donc pour le chaos ? Pour une société où chacun pourrait tuer son prochain sur un coup de tête et voler autrui par plaisir ? Bien sûr que non.
Dans La morale anarchiste, Kropotkine explique que les lois définissent ce qui est bien ou mal dans la société, le concept de légalité se substituant ainsi à la morale.
En outre, il dénonce le fait que les lois ont tendance à se mêler de choses qui ne regardent pas l’Etat (la sexualité, les croyances, etc.) et punissent des actions hors de leur contexte. Kropotkine nous propose donc une autre vision, basée sur le bien commun.

anarchie

En effet, la seule vraie question qui semble retenir l’attention de Kropotkine est la suivante : “Est-ce bon pour la communauté ?”.
Sans la barrière entre légalité et illégalité et sans la présence des forces de l’ordre pour faire respecter ces lois, il serait à la charge de chaque individu de se poser la question et d’intervenir le cas échéant.
Il faut donc arriver à faire en sorte que les gens aient confiance en leur prise d’initiative pour qu’ils deviennent acteurs de leur société. On retrouve là la notion de Leadership portée par le lean et donc l’agilité.
Ainsi, une personne incivique dans les transports ou s’accaparant trop de ressources serait aussitôt stoppée par la population. Cette dernière ne pouvant plus se reposer sur une autorité tierce pour faire respecter l’ordre.
Cela remettrait l’éthique et la morale au centre de la société et des préoccupations des citoyens. L’effet positif serait de remettre toutes les formes de violences (physique, sociale, etc.) sur un pied d’égalité.

Agilité et anarchisme contre le dogmatisme

L’agilité prône les équipes auto-organisées et le pragmatisme. Elle propose de s’adapter plutôt que de suivre dogmatiquement des process.
Mais au final, qu’est-ce qu’un process sinon une loi dans l’entreprise ? Les agilistes n’auraient-ils pas quelques valeurs anarchistes ?
Serions-nous en train d’arriver à cette autre valeur du manifeste agile : Les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils ?
C’est pour cela que l’on préfère, au sein des équipes agiles, respecter des règles d’équipe (règles de vie définies par l’équipe lors des rétrospectives), que des process dictés par une tierce autorité.
D’ailleurs, le 11ème principe sous-jacent au manifeste Agile l’explique bien : Les meilleures architectures, spécifications et conceptions émergent d’équipes auto-organisées.

Et l’on peut noter que les anarchistes ne rejettent pas toute forme d’autorité, seulement l’autorité imposée, ce qu’explique admirablement Bakunin

” Nous acceptons toutes les autorités naturelles et toutes les influences de fait, aucune de droit, car toute autorité ou toute influence de droit, et comme telle officiellement imposée devenant aussitôt une oppression et un mensonge, nous imposerait infailliblement, comme je crois l’avoir suffisamment démontré, l’esclavage et l’absurdité.

En un mot, nous repoussons toute législation toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elles ne pourront tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie.

Voilà dans quel sens nous sommes réellement des anarchistes.”

Mikhail Bakunin

L’absence d’autorité n’est donc pas incompatible avec la présence de leaders, en revanche, elle demande une double responsabilité : celle de vouloir mener le groupe d’une part, et pour le groupe, celle de vouloir suivre les propositions du leader.
Tout le monde est ainsi responsabilisé.

Dans un registre plus capillotracté, on pourrait aussi considérer la loi comme une documentation exhaustive.
L’anarchisme prônerait alors le fait d’avoir une société opérationnelle plus qu’une documentation exhaustive, c’est-à-dire une société qui fonctionne pour les personnes qui y vivent plutôt que d’avoir des lois qui expliquent comment les gens devraient se comporter.

Une histoire de confiance ?

C’est la valeur qui se cache derrière la 3e valeur du manifeste agile : la collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle.
Un contrat est généralement mis en œuvre pour protéger les parties l’une de l’autre. Difficile de vraiment collaborer lorsque ce qui nous unit est justement ce qui nous sépare.
On ne peut, en effet, se passer de négociations contractuelles que si les personnes présentes autour de la table ont le même but (la fameuse “communauté” par rapport à laquelle on positionne les notions de bien et de mal), hors intérêts externes.

C’est pour ça qu’il faut être avec les “bonnes personnes”, centrés autour des mêmes valeurs. Autant la tâche est plus complexe dans une société car la “communauté” doit être inclusive (sinon la notion de bien par rapport à la communauté peut vite déraper), autant sur un projet, il est possible de choisir votre “communauté” ainsi que vos clients.
Profitez-en ! Car c’est le vrai point bloquant dans la vision décrite dans la morale anarchiste et vous avez le luxe de pouvoir vous mettre en conditions quasi idéales.

L’agilité, la résurrection de l’anarchisme ?

Haymarket, la révolution russe, la guerre d’Espagne… A force d’assassiner les anarchistes, le mouvement était tombé en désuétude avec ses valeurs et sa définition dénaturées.
Mais j’ai l’impression que cette philosophie a réapparu sous le nom d’agilité. Et ce n’est pas par hasard car au final, quoi de plus logique que demander aux personnes qui font (et donc savent) plutôt que de leur imposer une vision depuis l’extérieur ?
En constatant l’échec des anciennes méthodes, l’industrie a commencé à faire preuve de pragmatisme et a préféré :

  • mettre en place des boucles de feedback pour pouvoir s’adapter
  • faire confiance aux équipes pour agir au mieux pour le projet

C’est donc pour moi la philosophie anarchiste qui est née à nouveau de nos projets : lorsqu’ils se sont heurtés aux limites du système hiérarchique pyramidal ainsi qu’aux plans établis à l’avance par une élite dite « sachante ».

Là où agilité et anarchisme diffèrent, c’est que les équipes agiles sont auto-organisées, alors que l’anarchisme prône l’auto-gestion.

La nuance entre ces termes se trouve dans la définition des objectifs. Dans l’auto-gestion, les objectifs sont définis par la communauté, alors que dans l’auto-organisation, on vous donne la liberté de moyens pour atteindre un objectif donné.
En effet, en entreprise, il semble pertinent que les objectifs à atteindre soient définis par votre patron (c’est le principe-même du salariat : l’enrôlement de personnes via un salaire pour les mettre en mouvement vers un objectif que vous désirez atteindre).

D’ailleurs, c’est souvent en se trompant d’objectifs que l’on envoie ses équipes dans le mur (“implémenter Scrum”, “utiliser des micro-services”, etc. ne sont pas des objectifs).

Pourquoi l’agilité ne fonctionne-t-elle pas ?

Revenons enfin à notre sujet de départ :
Pourquoi ce malaise autour de l’agilité ? Alors certes, le malaise n’est pas ressenti partout, l’agilité fonctionnant dans beaucoup d’équipes et de petites structures.
Mais pourquoi est-elle source de malaise dans certaines structures (votre grand compte par exemple) ? Pourquoi rien ne ressort de vos cérémonies ? Pourquoi avez-vous l’impression que le sprint est devenu une course insoutenable à la productivité ?
Peut-être avez-vous tenté d’appliquer dogmatiquement Scrum, en renommant votre chef de projet “Scrum master”, en obligeant les équipes à participer à des cérémonies qu’elles ne comprennent pas ?

En fait, la réponse est assez simple : vous essayez de mettre en place l’anarchisme dans une structure qui veut tout contrôler.
Par exemple : prévoir le coût des choses avant de les avoir définies (et donc au moment où l’on a le moins d’informations sur le sujet), avoir l’impression de savoir où on va, que tout est sous contrôle.
C’est pourtant l’origine de l’agilité ! On sait que ça ne va pas se passer comme prévu, réfléchissons plutôt à comment nous adapter.
Donc oui, vous essayez de mettre en place l’anarchisme dans une structure capitaliste, une de ces nombreuses entreprises qui base sa croissance sur une sur-interprétation du Darwinisme pouvant se résumer par “manger ou être mangé”.
Vous demandez à des personnes qui ont été recrutées pour leur docilité de faire preuve de leadership ?
Et à celles recrutées pour leur autorité de déléguer ?

Vous n’y arrivez pas ? Vous vous confrontez à une culture contraire ? Etes forcés de mener une “conduite du changement”…? C’est étonnant !

L’agilité, comme elle devrait l’être effectivement, grince et a du mal à passer. Tout simplement car elle n’est pas adaptée à notre système.
On peut aisément l’expliquer par le fait que l’agilité n’est pas une évolution de l’approche traditionnelle mais une rupture avec la pensée déterministe de cette approche (à l’image de la physique quantique qui fut une rupture avec la physique traditionnelle).
L’agilité est en rupture avec l’entreprise de la même façon que l’anarchisme serait en rupture avec notre société actuelle.
On parle ici de remettre l’Humain au centre des stratégies.

Abandonner l’agilité ?

L’agilité va à l’encontre de la façon dont est construite notre société. C’est ce qui explique cette zone de friction permanente.
Je pense sincèrement que la philosophie agile est la bonne approche, mais qu’elle n’est pas adaptée à tous les environnements.

Si une méthode ne vous convient pas, arrêtez de la tordre, de la cabosser pour la faire rentrer dans votre moule. Laissez tomber et arrêter de faire souffrir vos équipes plus qu’elles ne souffrent déjà !
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Après, en ce qui me concerne, j’aime bien cette “agilité” et ses principes. Dans l’idéal, je préférerais que l’on change de société, pour aller vers plus de confiance, plus de réalisme et plus de collaboration, plutôt que de l’abandonner.
Cela permettrait qu’elle ne soit plus en rupture avec le modèle des entreprises, et on y gagnerait tous.

Mais c’est un idéal encore lointain…

sources et inspirations:
manifeste agile
– Baillargeon, Normand. “L’ordre moins le pouvoir : Histoire & actualité de l’anarchisme”. Agone, 2008. ISBN-10: 2748900979
– Petr Alekseevitch, Kropotkine.”la morale anarchiste”. Fayard (1001 nuits) ISBN-10: 2842058372
– Mikhail, Bakounine. “Dieu et l’état”. Fayard (1001 nuits) . ISBN-10: 2842050746
– “Ni dieu Ni Maitre”, Les sales magestés. https://play.spotify.com/track/2qhMZuHIUmTh0yAZE3zVbY

Merci à Olivier pour avoir collaboré à enrichir cet article.

15 comments for “L’échec de l’agilité : l’anarchisme confronté aux entreprises

  1. GuillaumeL
    13 février 2017 at 20 h 15 min

    Merci pour ce point de vue original et éclairant !

    Sur le même thème, il y a aussi la présentation très drôle de Brian Marick sur “l’Artisanal Retrofuturism crossed with Team-Scale Anarcho Syndicalism” (ARxTA) : https://www.infoq.com/presentations/marick-retro-futurism.

    Hélas, l’état de l’agilité ne s’est pas tellement amélioré depuis cette vidéo de 2009…

  2. Joey
    13 février 2017 at 20 h 29 min

    J’ai l’impression que ce n’est pas un problème d’entreprise, d’équipe ou d’équipiers, qui ne se feraient pas à Scrum mais plutôt Scrum qui ne convient pas à certains types de projet.

    S’il s’agit d’une appli from scratch, commandée par un client, avec des besoins fonctionnels assez précis, ça roule en général bien.

    S’il s’agit d’un ERP, avec moitié de code legacy inmaintenable, des besoins fonctionnels contradictoires, ça vire au drame rapidement.

    Il y a des sacrés ayatollahs qui vendent bien leurs formations. Puis à un moment tu poses une question épineuse, une difficulté du quotidien, et tout ce qu’ils savent répondre c’est “bah tu fais un post it”.

    Beaucoup de dev se sentent abandonner dans tout ça. Mais le principal c’est que le patron soit content, il peut parler des “méthodes à Gilles” en diner.

    Voila voila.           

  3. 13 février 2017 at 21 h 22 min

    Excellent article !

  4. 14 février 2017 at 8 h 44 min

    Nous sommes fasciné par le politique : il déborde sur tous les aspects de notre vie : le travail et l’agilité ne pouvaient y échapper. Le but de l’anarchisme : libérer les peuples. Si le but de l’agilité est de libérer les équipes la métaphore est bonne. Si le but est de réussir ensemble elle est beaucoup moins appropriée.

    Je vous propose de réfléchir à une autre métaphore : le comportementalisme Vs la psychanalyse.

  5. Maury Fabien
    14 février 2017 at 10 h 43 min

    Bonjour Joey, merci pour l’intérêt que vous portez à l’article.
    Je pense que le message essentiel est que ce n’est pas une question de méthode, mais surtout de personnes et de responsabilisation des acteurs du projet.
    Il faut bannir le terme “méthodes agiles” pour ne parler que de “valeurs agiles”, qui sont la clé de la réussite, et surtout pas la considérer comme une recette miracle à appliquer sans réfléchir.

  6. Maury Fabien
    14 février 2017 at 17 h 56 min

    Bonjour Cecil,
    En effet comme disait Foucault “L’essence de notre vie est faite, après tout, du fonctionnement politique de la société dans laquelle nous nous trouvons” et avait répondu qu’il vaudrait mieux s’écrier à celui qui ne s’y intéressait pas lorsque la question “pourquoi vous intéressez vous à la politique ?” lui fut posé.
    Sinon oui l’idée est bien de libérer les équipes, mais je ne vois pas en quoi la métaphore de l’anarchisme irait à l’encontre du but de “réussir ensemble”. Là où la métaphore atteint ses limites c’est que l’agilité permet de s’auto-organiser pour atteindre un but donné par l’entreprise, alors que l’anarchie parle plutôt d’auto-gestion. Mais dans tout les cas on parle bien de réussir ensemble: la différence se fait sur la définition des objectifs.

  7. Alexandre
    14 février 2017 at 22 h 24 min

    Merci Fabien.

    Tu as mis en lumière dans cet article ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai travaillé dans une équipe Scrum “qui marche” ! La confiance mutuelle et la responsabilité partagée, le sentiment de ne pas être dépossédé de son travail, en bref.

    Je pense que ce sont des valeurs qui méritent d’être véhiculées, même lorsque la structure est moins flexible. A chacun ensuite à s’investir selon ses capacités pour aider son équipe à aller dans une direction qui permet à tous de se sentir un peu plus libre au travail.

  8. 15 février 2017 at 10 h 18 min

    Merci !

    Ça écrit clairement des choses qui me trottent dans la tête de puis un bout de temps. Cet article est en bien mieux, avec de vrais référence l’intro au conditionnel que j’avait écrite sur http://blog.tristramg.eu/anarchy-in-the-it.html)

    C’est dommage d’entendre trop souvent qu’une entreprise ne fait pas de politique, fermant la porte à ce genre de réflections. Pourtant la politique « moderne » se pose essentiellement la question du travailleur face à l’entreprise !

  9. Maury Fabien
    15 février 2017 at 15 h 01 min

    Merci Tristram pour le partage !
    j’avais essayé de trouver des articles mélangeants agilité (ou IT) et anarchisme, mais était à mon grand désarrois tombé exclusivement sur des articles expliquant qu’avec l’agilité nous pouvions réussir à sauver les gens de l’anarchie et du chaos (sic :-s ).
    Je rejoins beaucoup de points listés dans ton article. Je trouve d’ailleurs aussi qu’il est hypocrite d’éviter le sujet politique quand on parle de travail et d’entreprise, car notre travail impacte la société, surtout dans l’IT.
    Il est d’ailleurs important pour moi de pouvoir choisir au service de qui je mets mes compétences à disposition.

  10. François
    15 février 2017 at 19 h 50 min

    Bonjour Fabien,

    J’ai lu récemment un article qui fait une démonstration aussi édifiante que la tienne sur un sujet lié: “Project Teams vs. Product Teams” par David Green ( https://dzone.com/articles/project-teams-vs-product-teams )

    Le résumé du propos c’est “Au lieu de micro-gérer le delivery avec des projets, gérez où vous mettez les ressources et laissez le product owner gérer l’ordre des priorités”

    Si tu te lances dans la lecture, ne loupe pas la démonstration faite par l’auteur, démonstration qui commence à “…I think it comes down to money…”.

    Je dois dire que c’est un des meilleurs articles que j’ai lu depuis longtemps, spécialement parce que j’ai eu l’impression que ce gars lisait dans ma tête.

    Merci à toi et à David Green pour avoir produit ces excellents articles.
    F.

  11. yoda
    16 février 2017 at 11 h 09 min

    Je n’ai jamais rédigé d’article sur le sujet, mais je me suis pour ma part fait la même réflexion en sens inverse : que l’aspect auto-organisé des équipes dans l’agilité pouvait être transposable dans la société pour améliorer la vie politique. Je me suis rendue compte que ça avait effectivement des points de convergence avec l’anarchisme.

    J’ai le sentiment que Internet, et le bond qu’il a permis dans le partage d’information entre particuliers, s’affranchissant de tout notion de hiérarchie, est à l’origine d’une transition des mentalités qui peut aboutir à terme au retour de l’anarchisme politique. On le voit en entreprise, avec l’agilité et ses valeurs qui se répandent, l’émergence des entreprises libérées, totalement auto-gérées. On le voit aussi dans la société : les revendications politiques des indignés en Espagne et de Nuit Debout en France portent en eux les germes de cette organisation. Nous pouvons également mentionner le phénomène des ZAD, en particulier celle de résistance à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, dans lesquelles l’anarchisme est devenu le régime politique. La peur qu’ils suscite auprès des politiciens accrochés à leurs privilèges, tout comme la solidarité très forte dont ils bénéficient de la part de citoyens lambdas, me semble assez révélateur d’un basculement possible de la société.

  12. Nicolas Galland
    16 février 2017 at 11 h 55 min

    Salut Maury,
    Super article.
    Mais devais tu le publier ? 🙂
    Ca fait longtemps que j’entends cette idée que l’agilité est une application des principes de l’anarchisme (le vrai) dans l’IT (je partage complètement cette idée)
    Mais j’ai l’impression qu’il y avait une sorte d’accord tacite : “on n’en parle pas sinon ça va être mal compris et ça va nous poser des problèmes”.
    J’avais eu la même surprise que toi en cherchant sur le net et en voyant qu’il n’y avait presque pas d’articles qui en parlait. Alors que dans le même temps c’est des choses dont on entend parler à l’oral et surtout qui transpire implicitement de bcp d’articles (ceux de bob marshall par exemple)
    Genre tout le monde est au courant mais personne ne le dit ouvertement.
    Un peu comme l’histoire de Mazarine Mitterand mais version agile 🙂
    Tu as rompu le secret.
    Advienne que pourra
    😉

  13. 22 février 2017 at 9 h 39 min

    Bonjour Fabien,
    Le parallèle avec l’anarchisme se justifie d’autant plus qu’il apparaît déjà dès 2001 dans l’Histoire du Manifeste pour le Développement Agile de Logiciels : http://www.fabrice-aimetti.fr/dotclear/public/traductions/agilemanifesto-history-FR.html
    Extrait : “[…] Aujourd’hui, un tel grand rassemblement d’anarchistes en organisation serait difficile à reproduire, ce qui en est ressorti est donc symbolique, un Manifeste pour le Développement Agile de Logiciels signés par tous les participants […]”
    Donc, ton article est fort à-propos 🙂

  14. 22 février 2017 at 11 h 53 min

    Bonjour

    Prenons un outil pour battre des oeufs. Que me faut-il pour que ça fonctionne bien ? Des oeufs, avoir lu le mode d’emploi, s’en inspirer, et appliquer proprement ce qui est écrit.
    Ca y est, je commence à faire mes blancs en neige, et flute ça ne fonctionne pas !

    Ah je n’avais pas lu qu’il fallait casser mes oeufs .. si on m’avait dit !

    Selon moi ce que tu décris dans ton article n’est pas une démonstration d’un problème mais un manque de savoir en amont et une preuve d’un non maitrise de la méthodologie.

    J’aurai pu t’écrire le même article avec la méthodologie du cycle en V, de la gestion projet Merisienne, ou bien de ce que peut apporter UML pour gérer un projet.

    Tout peut mener à l’anarchie si tu ne sais pas comment l’utiliser, et si les personnes qui font partie du système, du contexte de ton environnement, ne maîtrisent pas (j’ai bien dit : maîtrisent) ton système.

    Dans ton tout système tu auras des anarchistes, dans tout système, tu auras des personnes qui veulent révolutionner les codes, et heureusement, ils vont faire bousculer les codes.

    De là, à dire que c’est la norme, que c’est ça, telle ou telle façon de gérer un projet, je ne te rejoins pas.

  15. Maury Fabien
    22 février 2017 at 16 h 31 min

    bonjour Evan,
    Merci pour l’intérêt que vous avez porté à l’article, cependant je pense que vous devriez le relire car nous ne sommes pas tant en désaccord que ça à mon avis.
    “pas une démonstration d’un problème mais un manque de savoir en amont et une preuve d’un non maîtrise de la méthodologie.”
    Le manque de savoir en amont…c’est pour moi en effet un problème, c’est d’ailleurs pourquoi l’éducation est un thème récurent dans le courant anarchiste. Je pense d’ailleurs que parler de “méthodologie agile” fait partie intégrante du problème. Non pas que le terme soit faux mais on ne lui connaît que la définition “une procédure à appliquer pas à pas”, ce qui participe à propager le grand mensonge qu’il suffit d’appliquer une recette pour “passer à l’agilité”. Pour la maîtrise de la méthodologie je ne dirais pas ça, car c’est justement en apprenant des valeurs avant d’apprendre des méthodes qu’on permet à chacun de pouvoir s’adapter et de trouver la meilleure solution qui puisse lui convenir.
    méthode et méthodologie : “[une procédure à appliquer pas à pas]elle peut avoir des effets pervers, notamment en supprimant la notion de responsabilité de la part de l’acteur, et en diminuant sa capacité de questionnement (donc de détection d’un problème) et d’initiative.”

    “Tout peut mener à l’anarchie si tu ne sais pas comment l’utiliser”
    Au contraire, je pense que tout peut mener à l’anarchie si on sait l’utiliser 😉 , car à mon sens l’anarchie est un aboutissement:
    Des personnes assez responsabilisées et assez éduquées pour avancer ensemble sans avoir besoin qu’on leur dicte quoi faire.
    Un des objectifs de l’article est aussi d’espérer arrêter de lire “anarchie” quand l’auteur semble vouloir dire “chaos”

    “J’aurai pu t’écrire le même article avec la méthodologie du cycle en V, de la gestion projet Merisienne, ou bien de ce que peut apporter UML pour gérer un projet.”
    Oui, c’est le propos même de l’article: Ce n’est pas une question de méthode ou de recette, c’est une question de personnes et de valeurs (ainsi que d’objectifs)

    “De là, à dire que c’est la norme” . Je n’ai jamais parlé de norme, j’expose une hypothèse pour expliquer les cas où ça ne fonctionne pas comme cela devrait.

    Je pense que la mise en place de l’agilité coince souvent car ce mode de pensée (qui m’a toujours parut être du pur bon sens, et j’ai mis du temps à comprendre pourquoi il ne l’était pas pour tout le monde) va à l’encontre de comment nous sommes éduqués et de comment fonctionne notre société. Mais étant sur le blog de mon entreprise, je vais éviter de trop digresser sur mes opinions politiques car elles n’engagent que moi 🙂

    après effectivement je vous concède que, oui, dans mon article je force quelque fois le trait et caricature….. mais l’article portant sur l’anarchie, il ne pouvait qu’être teinté de radicalité 🙂

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